Destination Souvenir

Le Mexique initiatique d’Anaïs

28 septembre 2017
Anaïs

La chanteuse est de retour avec l’album Divergente, bilingue et foisonnant, aux influences rock et soul. Entre shamanisme, souffrance et fascination, Anaïs revient longuement sur un bouleversant voyage au Mexique.

 

« Je dirais la première fois que je suis allée au Mexique, à Tulum et sur la Côte Maya, il y a 7 ans. Cela a été le début d’un vrai voyage intérieur.
Je suis arrivée à Tulum un soir de grand vent et de grande pluie, épuisée et malade (comme d’habitude…), dans une petite cabane très rustique en bord de plage encore sauvage.
La pluie et le vent rentraient partout et la mer turquoise des Caraïbes, que je découvrais et prenais en pleine face, était hypnotique malgré la nuit déjà tombée. Mon ami m’a rejoint le lendemain et on nous a prêté un van tout pourri prêt à toutes les escapades.
Souffrante, je m’écroulais à 21h, après une margarita, mais heureuse, tranquille sur une banquette comme un enfant qu’on va porter ensuite dans la voiture pour l’emmener se coucher.

Et puis, le 1er janvier, d’un coup, je n’ai plus pu marcher en me levant d’une chaise. Je pensais : « Ce n’est qu’une petite sciatique ! »
J’ai fait Cobá (magique !) et Chichén itzá en boitant chaque jour un peu plus mais en gardant le sourire.
On a découvert en se perdant dans les villages mayas (mon ami n’ayant pas plus le sens de l’orientation que moi) des gens réellement doux, patients, une cuisine fraîche et raffinée, et même une étrange coutume où on brûle un épouvantail « borraccio » devant chaque maison après le Nouvel an.

Au bout de 4 jours, je ne pouvais plus marcher du tout. Une femme de la cabaña me voyant autant boiter m’a quasiment forcée à appeler un ami à elle. Evidemment, cet homme était shaman et j’ai fini par enfin comprendre pendant sa première séance dans la nuit pluvieuse, sans électricité (ça saute beaucoup là-bas !), éclairée par quelques bougies, que j’étais en train de me tuer moi-même, toute seule, à petit feu, juste au ton horrifié et triste de sa voix a chaque fois qu’il prononçait mon nom, sans me toucher.
Il m’a donné des tisanes et m’a massé des heures et a insisté pour revenir, car il n’arrivait pas à comprendre complètement ce qui se passait.

J’ai continué à visiter le pays sans vouloir voir la gravité de la situation, parfois en me maintenant des heures, les jambes serrées en boule avec mes bras, sur la banquette arrière du van pour ne pas trop bouger lors des secousses ; notamment dans ce joli bout du monde qu’est la réserve ornithologique de Punta Allen, une route digne du Salaire de la peur !

Mais le mal empirant, j’ai du rentrer en fauteuil roulant en France. Les rhumatologues ont vu une maladie pas fun dans les hanches, cela ne guérissait pas. Je m’en sors tout doucement six ans après.

Mais ce voyage fou, sous fièvre, en pays maya m’a fait comprendre que c’est moi seule qui l’avait déclenchée, en me faisant du mal. La peur, le stress, l’angoisse depuis tellement d’années ont créé et laissent aujourd’hui des marques de la maladie. Mais voyager là-bas au même moment m’a permis d’y apprendre le lâcher prise, l’instant présent, l’écoute, la sincérité, la douceur… J’ai enfin compris le yin et le yang. Il y a quelque chose au Yucatan qui vous prend autant que l’odeur moite et enivrante, unique, des cactus dans la Pampa. »

Photo de Saloi Jeddi

Retrouvez Anaïs en concert au New Morning le 5 octobre et en tournée dans toute la France avec son nouvel album Divergente.