Destination Souvenir

Le périple interdit de Féodor Atkine : de la gare du Nord jusqu’à Tokyo par le train

8 décembre 2017
atkine

A l’occasion de la sortie du dernier film de Charles de Meaux, Le Portrait interdit, auquel il participe, L’Œil de Marco a l’honneur d’accueillir un immense et prolifique comédien : Féodor Atkine. Grand voyageur et polyglotte, il nous entraîne dans une aventure digne d’un récit d’Hugo Pratt, en train de Paris… à Tokyo. Fascinant.

« Quand je parle de voyage, il ne s’agit pas, bien sûr, de déplacement relativement court pour le travail. Ce sont des voyages qui ont été, soit décidés, soit organisés sur un coup de tête et qui supposent une absence de plusieurs mois.
Mon départ de la Gare du Nord, à Paris, pour me rendre à Tokyo en train reste un voyage époustouflant.

C’était il y a quarante ans. Un matin, je me suis réveillé encore dans les sables mouvants d’une carrière au théâtre qui allait passer au cinéma sans trop savoir ce que l’avenir me réservait. Mon père était originaire d’Harbin, la capitale de la Mandchourie, près de la frontière avec l’Union Soviétique, le long du fleuve Amour.
A l’époque, il était très compliqué de pénétrer dans les pays de l’Est. Il fallait demander un visa d’entrée et de sortie tout en étant constamment surveillé ; une atmosphère assez paranoïaque de la part des Soviétiques.
J’avais mis de côté un petit pécule, après dix années sur les planches, pièce après pièce. J’ai voulu suivre le trajet de ma famille qui était partie de Pologne, d’Ukraine, pour fuir tous les pogroms imaginables, jusqu’au lac Baïkal à veille de la guerre russo-japonaise au début du XXe siècle.

Ce périple était pour moi comme une forme d’éloignement face à un travail excessif et une respiration de plusieurs mois. J’ai pris le Paris/Moscou – je ne sais pas s‘il existe encore – pour changer de gare arrivé à destination et monter ensuite dans le Transsibérien qui mettait sept jours pour arriver sur les côtes de la Mer du Japon.
En passant par des endroits extrêmement symboliques, j’ai pu retrouver une partie de ma famille en Sibérie. J’étais le seul Occidental à bord de mon train. Le prix du billet était dérisoire, l’équivalent de 40 centimes d’euros pour plusieurs centaines de kilomètres. Je voyais monter des gens avec des œufs, des volailles, pour aller vendre leurs productions 2 500 km plus loin.
Dans une boîte de sardines, j’ai ramassé un peu de terre à la frontière entre la Chine et l’URSS, à l’endroit où mon grand-père avait déclaré la naissance de mon père. Je la lui ai offerte à mon retour du Japon huit mois plus tard.
Ce fut un voyage à la fois initiatique, mental, familial. Je peux lui appliquer tant de qualificatifs. »

Crédit photo : Librium

GRAND JEU L’ŒIL DE MARCO / LE PORTRAIT INTERDIT
A l’occasion de la sortie événement du film « Le Portrait Interdit » de Charles de Meaux avec Fan Bingbing et Melvil Poupaud, dont L’Œil de Marco est fier d’être le partenaire particulier, nous vous offrons 30 places pour découvrir le film dans le cinéma de votre choix à partir du 20 décembre.

Pour les gagner, c’est très simple, il vous suffit de répondre à ces deux questions :

    • Où se déroule l’action du film ?
    • Quelle est la nationalité du frère jésuite qui doit réaliser le portrait interdit de l’Impératrice ?

Pour les réponses, c’est par ici ( premiers arrivés, premiers servis) :        oeil@marcovasco.fr