Le Very Bad Trip

La crise de la culture : ces pays qui deviennent des déserts de l’esprit

26 janvier 2018
culture

Guerres, dictatures, manque d’argent ou pur désintérêt : il y a partout dans le monde des terrains où la culture est en recul. Bibliothèques incendiées, cinémas absents, musées en décrépitude… L’Œil de Marco fait le tour de la douloureuse question.

 

Irak : le grand incendie des bibliothèques

La culture, comme les masses, a payé un lourd tribut dans le chaos irakien dont personne n’ose anticiper la fin. En avril 2003, à Bagdad, lors de l’opération « liberté irakienne », plusieurs bibliothèques – dont la Bibliothèque nationale d’Irak, la Bibliothèque centrale de l’université de Bagdad… – furent pillées et incendiées par la foule.
Plus récemment, en 2014 et 2015, ce seront respectivement la Bibliothèque de l’université et la Bibliothèque municipale de Mossoul qui subiront la fureur destructrice de L’Etat Islamique. On parle de plus de 8 000 manuscrits rares disparus à jamais. Dans un pays qui fut l’un des berceaux de la Civilisation, ça fait tache.

 

Angleterre : SOS Musées en péril

L’Angleterre est un phare de la Civilisation. Mais là-bas aussi, une pièce essentielle de la culture semble menacée : le musée. En 2015, le britannique Museum Associations tirait le signal d’alarme.
Depuis 2010, pas moins de 44 musées avaient vu leurs portes définitivement fermées et leurs collections éparpillées. Lancashire (musée du tissage), Durham (musée militaire), Derby ou encore Kirklees sont ainsi menacés de mettre la clef sous la porte. La « faute » aux conseils régionaux qui ont voté des coupes dans le budget de leur musée, tel celui de Leicestershire qui a été réduit de moitié pour la saison 2018/2019. En 2014, le conseil d’arrondissement de Northampton vendit une statue vieille de 4 000 ans pour 16 millions £ afin de permettre de rénover le musée et sa galerie d’art. Une solution extrême ?

 

Arabie Saoudite : le désert cinématographique des wahhabites

Chez les Saoudiens, aller se faire une toile, c’est حرام ! C’est même pécher autant que de boire de l’alcool, disent les oulémas de là-bas !  « Lieux de dépravation car de mixité » soutiennent-ils mordicus.  Si bien qu’il n’existe aucune, oui, aucune salle de cinéma publique dans le pays d’Ibn Seoud. Mais, divine surprise, cela pourrait changer. Ainsi, suivant la volonté de réformes du prince héritier Mohammed ben Salmane, une première salle obscure devrait voir le jour cette année à Riyad… Si le clergé conservateur ne s’en mêle pas entre temps.
« Un moment clé dans le développement de l’économie culturelle du pays » s’est enthousiasmé le ministre de la Culture Awad al-Awad. Et on le sait peu mais un Festival du cinéma a été organisé en 2015 en Arabie Saoudite. Le deuxième en sept ans, qui avait pour but de mettre en lumière les aspirants cinéastes du royaume. À ce rythme, pas de risque de voir la Croisette perdre son statut de Mecque des festivals !

 

Chine : la culture au rythme du Parti

« Quand la Chine s’éveillera… » prédisait il y a maintenant le dinosaure gaullien Alain Peyrefitte. Hé bien la Culture tremblera ! Destruction des quartiers historiques – ou Hutong – à Pékin (les derniers sauvés par la volonté de courageux riverains), sinisation à marche forcée du Tibet et du Turkestan au nom de la modernisation, destructions d’églises (Zhumadian, Wenzhou…), mainmise commerciale sur le patrimoine national comme sur la Muraille de Chine à Badaling, transformée en une sorte de Disneyland folklorique…
Dans ce pays de civilisation millénaire livré à la monoculture du PCC des Mao Deng et Xi, c’est la diversité culturelle qui subit le supplice chinois !

 

Et la France alors ? C’est pas forcément mieux. Mais il n’y a pas que Stéphane Bern à se faire du mouron sur la dégradation de notre patrimoine national et mondial. L’UNESCO comptabilise près d’une soixantaine de sites en péril à travers le monde. L’Œil de Marco en a sélectionné quatre, particulièrement mal en point.