Le Very Bad Trip

La mauvaise réputation : 4 villes du monde vraiment malmenées par le cinéma

30 novembre 2018
Istanbul

Si le Paris cinématographique échappe rarement aux clichés hollywoodiens, avec ses airs d’accordéon et ses serveurs en livrée, d’autres villes ont été moins bien servies à l’écran que la « Ville lumière ». Cinéma-Vérité ou sombres caricatures ? A vous de vous faire votre idée !

 

1. Istanbul dans Midnight Express (1978)

Qu’il semble loin le temps où James Bond-Sean Connery allait roucouler, fringuant en diable, sur les rives du Bosphore et de la Mosquée Bleue. C’était en 1963 dans Bons baisers de Russie, soit quinze ans avant le crépusculaire Midnight Express d’Alan Parker. Là, changement de régime : la ville n’est plus qu’une enclave poussiéreuse et fumante. La saleté y flirte avec le dégoût et les habitants, la plupart du temps crasseux et obèses, n’y font qu’éructer un incendiaire volapük. Dans cette ambiance sordide, un jeune Américain (Brad Davis) se retrouve derrière les barreaux pour trafic de stupéfiants. Là, c’est pire encore : délation, meurtres, misère sexuelle et viols à répétition. A l’époque, le film avait calmé les ardeurs des voyageurs amateurs d’exotisme et d’opiacés. Aujourd’hui, ce serait plutôt la politique d’Erdogan. « Il faut que tout change pour que rien ne change » entendait-on dans le Guépard de Visconti… Dommage pour la Corne d’Or, et ses habitants, qui méritent mieux que ça !

 

2. Bangkok dans Very Bad Trip 2 (2011)

Quiconque – et ils sont nombreux – à avoir mis les pieds dans la capitale thaïlandaise sait qu’elle sert souvent de lieu de transit. Ou de pure débauche ; chacun ses choix. Les frères Pang, cinéastes locaux, avait déjà montré à quel point la ville pouvait s’avérer mortifère dans leur Bangkok Dangerous (1999). Plus déjanté – et largement moins subtil -, Very Bad Trip 2 (2011) n’y va pas de main morte : l’hôtel où réside le trio de copains gaffeur est d’une saleté repoussante. Quant aux habitants de la ville, là encore, le choix est limité : « expats » dégénérés, trafiquants en tous genres, passants haineux, moines irascibles ou encore ladyboys libidineux. Pas de quoi vous donner envie de prendre le premier vol pour la ville à l’image, ici, joyeusement égratignée !

 

3. Le Caire dans Le Caire confidentiel (2017)

Depuis de nombreuses années maintenant, et à l’aune de ses brutaux changements de régime, la splendide Egypte s’est muée en pays dont l’avenir intrigue, voire inquiète. Le portrait que le réalisateur Tarik Saleh a fait en 2017 de sa capitale dans Le Caïre Confidentiel a de quoi faire froid dans le dos. Voilà une « ville monde » où les plus démunis se jouent des mauvais tours, lorsqu’ils ne s’écharpent pas pour leur survie. Dans ce capharnaüm ne résistent que les plus habiles à doubler et la bourgeoisie, cette élite inatteignable, reste bien tranquille. Et même si, au plan final, [attention spoiler] le flic-héros de cette fresque absurde et brillante connaît un sursaut de dignité, il finira littéralement brisé par la ville et sa foule hostile.

 

4. Manille dans Manille (1975)

Seuls, aujourd’hui, les cinéphiles les plus aguerris se souviennent de Lino Brocka, immense cinéaste philippin mais aussi activiste acharné contre les injustices de la dictature du couple Marcos. Son Manille y montre de jeunes tourtereaux des campagnes partis à la capitale pour tenter de fuir leur misère. Ce qu’ils y trouvent est pire encore : bidonvilles, promiscuité, corruption. Leur innocence n’y résistera pas. Loin des grands hôtels de la ville dont les façades les fait rêver, eux finiront par jouer leur va-tout dans les bars à hôtesses et les bordels (très) glauques des bas-fonds. Le constat est sans appel, l’atmosphère irrespirable. Encore aujourd’hui, il rebute encore quiconque aurait envie de séjourner à Manille. Qui ne le mérite pas, pourtant. Voilà comment naissent les clichés, qui ont la vie dure.

©François Munier